Du Plessis de Grenedan (Jean) - Le chantre du ballon dirigeable rigide

 Officier de Marine né à Rennes le 16 janvier 1892. École Navale 1909-1911

Pilote de ballon dirigeable breveté en 1917 il s'est rendu célèbre en commandant le Dixmude, l'un des deux Zeppelin français et surtout en établissant des records mondiaux à son bord. Sa disparition en mer le 21 ou 22 décembre 1923 (la date exacte reste incertaine) a donné lieu à une formidable polémique.

 

Jean du Plessis n’est pas devenu pilote d’aérostat par passion. Dans sa biographie son père publie une lettre adressé à sa mère le 2 mars 1917, où il écrivait que « le 19 février (...) on (était) venu, au fond de (s)on abri de Castellorizo (île aujourd'hui en Turquie), (lui) dire que par décision du commandant en chef, (il) devai(t) être envoyé d'urgence en France pour suivre les cours de pilote de dirigeable ». En ce début d'année 1917, les officiers de Marine candidat pour l’aéronautique étaient loin d'être nombreux. Il ne faut pas confondre Armée et Marine.

 

Enseigne de vaisseau de Grénédan à Aubagne en 1918 (Coll ARDHAN)

 

Breveté en juin 1917, il a pris fin septembre le commandement du ballon AT-2 au Centre d’Aérostation Maritime d’Aubagne.

Nommé au commandement du Dixmude, un ballon rigide Zeppelin, ancien L-72, obtenu de l’Allemagne au titre des dommages de guerre, il y trouva une gloire rarement égalée à l’époque qui se poursuivit après sa disparition au large de la Sicile en décembre 1923.

De tous les drames de la décennie, celui-ci a eu le plus fort retentissement national. L'opinion publique voulait connaître les circonstances du drame et les responsabilités éventuelles. Il s'agissait en effet du plus gros aérostat français et il avait établi entre le 25 et le 30 septembre 1923 les records mondiaux de durée et de distance (7800 km en 119 heures).

Grénédan en 1923.

 

L’écho en Bretagne fut d'autant plus grand, qu’à bord du Dixmude se trouvait également le capitaine de frégate Georges Hennique, commandant du CAM Cuers-Pierrefeu qui était Lorientais (sa mère vivait toujours dans cette ville) et que l'équipage comprenait également le maître arrimeur René Hamon, le second-maître François Jan, le quartier-maître radio-TSF Pierre Jaffrézic, le quartier-maître mécanicien Mainguy, le matelot arrimeur Maurice Charpentier, dont les journaux ne manquèrent pas de rappeler qu'ils étaient de la région.

 

(Coll D. Gilberti)

 

Le 5 janvier 1924, L'Illustration publia un long article sur « la perte du Dixmude » contenant un « tableau d'honneur » de tous les disparus (la couverture du numéro y était consacrée).

Toutes les hypothèses ont été avancées, jusqu'au sabotage par « des ouvriers boches », le mauvais état de la structure, l'inertie de la Marine qui n'aurait pas transmis à temps les prévisions météorologiques. La responsabilité du ministre fut même engagée par Gustave de Kerguézec, sénateur des Côtes-du-Nord et président de la commission de la Marine au sénat, qui affirmait que celui-ci aurait personnellement ordonné cette traversée contre l'avis du commandant. Tout cela fut démenti par l'enquête dont les résultats ont été publiés fin février et la foudre semble avoir été la seule cause de l'accident, mais dans l'esprit du public demeura l'idée de la fragilité de ces navires volants tant décriés entre 1914 et 1918 lorsqu'ils étaient utilisés par les Allemands pour bombarder Londres ou Paris.

 

Prenant la suite de son fils, le père de Jean du Plessis tenta un temps de redorer le blason des dirigeables rigides dans une série de conférences un peu partout en France, et en publiant une biographie de son fils ainsi que ses notes. Mais l’accident du Hindenburg à New-York en 1937 donna le coup de grâce au aérostats en France. Déjà la Marine française avait décidé d’abandonner ses derniers ballons.

Le travail de son père a cependant permis de placer Jean du Plessis de Grénédan parmi les héros les plus connus de l'histoire de l'Aéronautique navale.

 

Bibliographie

Plessis (Comte J. du) La vie héroïque de Jean du Plessis - Commandant du "Dixmude" 1892-1923, Librairie Plon, Paris, 1924, 350 p.

Plessis (Jean du) Les Grands dirigables dans la paix et dan la guierre - leur passé, leur avenir, l'expérience du Dixmude, Librairie Plon, Paris, 1925, 308 p.

Jacquet (Bernard) La base aéronautique de Cuers-Pierre feu - du crash du Dixmude à nos jours, Ed. du Lau, Hyères les palmiers, 2007, 224 pages.

Le Roy (Thierry) Les Bretons et l’aéronautique des origines à 1939 PUR, Rennes, 2002, 530 p.

 

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